Sous l’ère du Changement les populations souffrent le martyre et ceci en dépit du fait qu’elles soient transformée ces temps-ci, en de vrais amphibiens. Il n’y a pas de jour où les consommateurs ne soient privés d’énergie pendant des heures. Les vendeurs de produits congelés, les cybercafés, les supermarchés, les boutiques et les ateliers n’arrivent plus à mener à bien leurs activités. Beaucoup de ménages sont obligés de retourner à l’usage des lampes tempêtes, d’autres ont opté pour les bougies. L’énergie qui devrait être disponible à plein temps, devient une denrée symbolique à événement aléatoire. A défaut d’avoir un programme clair et précis qui définit l’horaire des coupures de l’énergie électrique, on assiste à des coupures intempestives de l’électricité régulièrement synchronisées avec celle de l’eau potable. Pourtant, des fonds sont mobilisés à travers des projets « corsés » pour soit disant palier un tant soit peu au délestage hérité du système défunt. Le gouvernement de son coté, multiplie initiatives et innovations. La construction de la centrale à gaz de 80 MW acquise par le gouvernement béninois pour juguler la crise énergétique suit toujours son cours au ministère de l’énergie et de l’eau. Ainsi, deux turbines ont été achetées et ont été mises en service en mars 2009, deux autres en juin 2009 et les quatre dernières seront mises en service en octobre prochain. Le Togo, le Bénin et le Nigeria ont signé, en juillet 2001 à Cotonou, au Bénin, un contrat "d’achat-vente" d’électricité d’un montant global de 80 millions de dollars. Ce projet devrait permettre de fournir, à partir du Nigeria, une quantité suffisante d’énergie au Bénin et au Togo à moindre coût. Une seconde étape sera la transformation des turbines à gaz de la Ceb pour utiliser le gaz naturel qui viendra du Nigeria au Bénin et au Togo, avec le projet Gazoduc de l’Afrique de l’ouest. Ce projet vise à construire un gazoduc de 700 kilomètres, qui acheminera le gaz naturel du Nigeria jusqu’au Ghana, via le Bénin et le Togo, tous les quatre pays étant voisins et membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest. Les dirigeants de la Ceb ont également accéléré le projet de réalisation du barrage hydroélectrique d’Adjrarala, au Bénin, situé sur le fleuve Mono, commun au Bénin et au Togo. Ce barrage, dont le coût est estimé à 162 millions de dollars, devrait permettre de réduire la dépendance énergétique des deux pays vis-à-vis de l’extérieur, selon la Ceb.
L’inefficacité des mesures du Changement
Néanmoins le constat est palpable et très alarmant. Les faits sont là, mais les résultats manquent toujours au rendez-vous. Il se pose alors une vraie problématique : celle de l’efficacité des mesures prises par le pouvoir du Changement. D’un autre coté, les rumeurs sur la hausse prochaine des prix de l’électricité et de l’eau, deviennent de plus en plus persistantes. De sources concordantes, la Soneb et la Sbee mises en difficulté de trésorerie, les empêchent donc de satisfaire leurs consommateurs, près de 25000 demandes de raccordement. Mais cette fois- ci, à moins d’un revirement inattendu, les réformes tarifaires devraient s’opérer du début du mois de juillet sur le prix de l’électricité à hauteur de 15 à 20%, ainsi que celui de l’eau. Et c’est justement ce revirement inattendu qui devrait émaner de l’exécutif pour éviter le désastre. Car faudrait-il pas oublier que la situation financière du commun des Béninois est actuellement asphyxiante, prise en sandwich entre les factures exorbitantes de l’eau et de l’électricité d’une part, et d’autre part, par l’inflation galopante et incontrôlée aggravée par le chômage juvénile insatiable. Alors il relèverait donc d’une alchimie éminemment en catharsis, de voir ses espérances se combler s’il s’avérait officiellement ou officieusement, que les caisses de l’Etat étaient vides. L’hypothèse ne fait donc que se renforcer d’elle-même. Ne dit-on souvent pas que « l’eau va toujours à la rivière » ? Une chose est certaine, même si la Sbee et la Soneb se trouvent dans une situation financière désastreuse, quitte à être incapables d’honorer leur cahier de charge alors que les consommateurs n’ont jamais cessé de payer leurs ardoises quoique alourdies, l’Etat béninois dans sa position de garant de la paix sociale et économique, devrait intervenir pour réguler la situation. L’Etat du changement chercherait-il à fuir sa responsabilité en cherchant à s’héberger sous une quelconque hausse de la barre tarifaire qui se trouve déjà pesante ? Il est clair qu’un réajustement de la politique tarifaire de la Soneb et de la Sbee est nécessaire car les consommateurs sont très souvent choqués par la lourdeur de leur facture qui ne révèle pas en réalité leur consommation. Bien que les principaux fournisseurs de l’énergie électrique à notre pays que sont la Cie et la Vra, aient précédemment décidé d’augmenter leur prix de cession, l’Etat devrait pouvoir venir au secours de la Sbee si tant est qu’elle se trouve en difficultés. Par ailleurs, la situation financière de la CEB n’est pas satisfaisante. Amah Tchamdja, directeur de la communication de l’organisation, a révélé à IPS qu’elle devait encore quelque 31,8 millions de dollars à la CIE et la VRA et aux compagnies pétrolières pour l’achat de l’énergie hydroélectrique et du carburant pour ses centrales thermiques. Ensuite, la CEB a fait des prêts bancaires qui s’élèvent à 5,7 millions de dollars. En réalité si une augmentation des factures d’eau et d’électricité devrait s’ajouter à la grande masse de problèmes que vive la plèbe sous l’ère du changement, alors l’on aurait délibérément choisi de condamner les habitants de la République du Bénin, à l’agonie en attendant une délivrance très curative.
Eugène Sènou LOKO