Depuis avril 2006 à ce jour, quel ministre de la Communication a pu égaler Gaston Zossou ? D’abord il faille admettre qu’en trois ans de règne, le guide du Changement à fait succéder à la tête du département concerné, 4 différents ministres. Ils s’énumèrent successivement comme suit : Abraham Zinzindohoué, Nestor Dako, Alexandre Hountondji et actuellement Victor Tokpanou. Le premier à briguer ce poste, Abraham Zinzindohoué, juriste de son rang, est devenu gênant au fil des premiers jours du régime à cause de ses prises de positions obscures. Ainsi très tôt pour ne pas faire de mécontents, le guide du Changement a du l’expédier à l’Uméoa. Le fielleux Nestor Dako, lui succéda donc. Seulement, ce dernier ne connut qu’un séjour blasé par le bras de fer, qu’il a eu avec les organisations syndicales des enseignants en 2006. Même Lionel Agbo, qui avait été entre temps nommé, porte-parole de la présidence, a vu sa verve noyée dans les foudres de protestations qui s’étaient élevées contre le gouvernement du Changement. La nomination du médecin Alexandre Hountondji au poste de Porte-parole du gouvernement, fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Sous lui, le bilan a été catastrophique. L’Assemblée nationale a connu une très longue crise. Les centrales syndicales se sont mises perpétuellement dans la rue. Une gestion très peu reluisante des assises du forum des rois a été orchestrée. Encore qu’il n’organise que très rarement des rencontres périodiques pour communiquer avec les médias. En ce qui concerne l’actuel ministre, Victor Tokpanou, il a largement montré ses limites lors du « Cen-Sad Gate ». Toutes ces caractéristiques d’incompétence notoire, ne ressemblent guère à l’homme dont on ne doute plus la verve et la raison. Secondo : on peut se demander ce qu’attendent les barons du Changement pour sortir les preuves de malversations contre le ministre Zossou dans l’affaire Titan si tant est qu’il y a malversations ? Est-ce parce que certains ministres ont détourné de l’argent sous le régime de Kérékou, qu’il faut mettre tout le monde dans le même sac ? Il faut faire un effort de distinguer le bon grain de l’ivraie.
Savoir raison gardée
Il ne faudrait pas que l’on s’écarte de l’essentiel. En 2006, une vague de barrons d’hommes politiques est venue chanter aux Béninois qu’elle peut gérer mieux que les acteurs du régime défunt, qu’elle a tôt fait de diaboliser. Ils ont marché contre la corruption et ils ont promis au peuple d’assainir les finances publiques. Mais le constat est là. Et c’est ce que l’histoire retiendra. Il faut donc recentrer le débat. Qui est voleur maintenant ? Et qui vole quoi maintenant ? Les affaires Cen-Sad et consorts se signifient d’elles mêmes. Nul ne peut se prévaloir de sa turpitude. Nul ne devrait non plus se réjouir du malheur du peuple. Et nous sommes avant tout patriotes. Mais notre rôle en tant qu’animateur de la vie politique, c’est de défendre le justifiable et de vanter l’extraordinaire. Car en réalité notre silence dénoterait d’une certaine complicité du hold-up financier qui se perpètue sous le régime du Changement. Tertio : le ministre Zossou est-il responsable des élections calamiteuses où depuis un an les maires ne sont pas installés ? En République du Bénin, les élections nationales, qu’elles soient présidentielles, législatives, municipales, communales, sont organisées en amont et en aval, par la Commission électorale nationale autonome (Cena), dont les résultats sont rendus officiels par la Cour constitutionnelle du Bénin. Donc il ne sert absolument à rien de chercher des poux dans les cheveux d’un chauve. Quarto : Gaston Zossou a-il instauré les menaces sur l’unité nationale qu’on observe actuellement dans le pays ? Depuis 2006, la République du Bénin est tenue de main de maître par un super président, qui gèrent tout, mais ne répond de rien. Et il n’est non plus au courant de rien. Comment M. Gaston Zossou, qui vient tout nouvellement d’effectuer sa rentrée politique, peut-il être coupable du bilan catastrophique d’un Changement auquel il n’a pas participé ? Doit-on également imputer le scandale de la Cen-Sad à M. Gaston Zossou ? Le « Cen-Sad Gate » est le chef d’œuvre d’un Changement regorgé d’éminents intellectuels béninois, anciens banquiers d’institutions financières internationales et cadres très compétents de haut rang, professionnels dans l’art d’agir « unilatéralement » au sein des ministères. Il faut très bien situer les responsabilités. A-t-il participé à la destruction de la Sonapra et de la filière Cotonou ? Le seul et unique moyen d’élucider cette affaire, réside dans l’interpellation du ministre Fagnon, l’un des chantres du Changement, du moment où il en sait plus que moi. Est-ce lui qui a divisé la grande famille Soglo sur des sujets politiques ? Il est un secret de polichinelle que la mésentente au sein des Soglos, reste un sujet de longue date. Seulement il faille admettre que c’est dans cette mésentente que réside leur force. L’histoire en a été témoin. Voilà autant de questions auxquelles les chantres du Changement devraient apporter des clarifications à l’opinion nationale.
Judicaël ZOHOUN