Comme un feu de paille, les mouvements de grève se généralisent dans l’administration publique béninoise. Les écoles, universités et hôpitaux du secteur public sont paralysés. Dans l’enseignement primaire et maternel, les instituteurs ont déjà déposé la craie depuis mardi dernier. Par conséquence, les enfants sont à la maison et se promènent dans les quartiers. Dans le secondaire, les professeurs sont rentrés dans la danse au lendemain de la motion de grève déposée par l’inter-syndical des trois ordres de l’enseignement. Pourquoi une telle situation dans le système éducatif à la base ? Les enseignants réclament l’application des recommandations des états généraux de l’éducation. En effet, le reversement des contractuels dans la fonction publique, la revalorisation du point indiciaire et toutes les mesures pouvant entrer dans l’amélioration de leurs conditions de travail figurent en bonne place dans leur plate-forme revendicative. De leur côté, les enseignants du supérieur étaient en grève depuis près de quatre mois et le spectre d’une année blanche plane sur les universités. Ils exigent une augmentation sensible de leurs salaires. Les négociations menées par le gouvernement pour désamorcer la bombe ont échoué. Personne ne sait quel sort réserve-t-on aux étudiants, cette année. Au cours d’un sit-in au Centre national hospitalier universitaire (Cnhu), tous les syndicats du secteur de la santé sont rentrés en grève illimitée. Ils exigent surtout les primes de motivation que le gouvernement tente de supprimer sous la pression du Fonds monétaire international (Fmi). Face aux nombreuses revendications des travailleurs, le pouvoir en place se cache derrière les exigences des institutions financières internationales pour tenter de les convaincre. En effet, le Fmi et la Banque mondiale soutiennent que la masse salariale dépasse les capacités budgétaires du Bénin. En conséquence, il est recommandé au gouvernement de supprimer certaines mesures sociales prises en faveur des travailleurs. Ce qui n’est pas du goût de ces derniers qui promettent l’enfer au chef de l’Etat, car ils considèrent ces avantages comme des acquis.
Pris à son propre piège
Les mouvements de grève qui se généralisent dans l’administration actuellement sont les conséquences de la précipitation qui caractérise les actions du gouvernement du président Boni Yayi. Sans tenir compte des réalités économiques du pays, l’argent public se distribue comme de petits pains, afin de faire croire que le Changement pense à l’amélioration des conditions de vie des travailleurs béninois contrairement aux régimes précédents. Aujourd’hui, les réalités montrent qu’aucune vision prospective ne suivait ces mesures en faveur du fonctionnaire béninois. Face à l’incapacité du pouvoir en place de résoudre cette question, on tend vers la crise des années 80 qui ont conduit le Bénin à la conférence nationale de février 1990. La preuve est que les mouvements sociaux s’intensifient au moment où la situation économique du pays se détériore. Comment le gouvernement pourra-t-il éteindre le feu qu’il a lui-même allumé ? Seuls les jours à venir situeront les uns et les autres.
Cécile Agossa