La construction de l’aéroport international de Glo-Djigbé dans la commune de Calavi, entre dans le cadre de la politique de l’Etat béninois de développer le secteur des transports en général et celui du transport aérien en particulier. Pour ce faire, le cabinet Belgian Airport Consultants a été sollicité par le régime du président Mathieu Kérékou pour réaliser les études de faisabilité. Au terme des travaux de ce cabinet le site de Glo-Djigbé qui couvre une superficie de 3.028 hectares a été retenu pour abriter le projet, en raison de ses avantages techniques et économiques.

Depuis trois ans, tous les rapports détaillés sur le projet sont disponibles. A défaut d’exploitation, ils dorment actuellement dans les cantines de l’Agence nationale de l’aviation civile (Anac) sur la route de l’aéroport pour des raisons qu’on ignore.
En effet, le successeur du ministre des transports, Dossou Kpédétin en la personne de Richard Sènou, avait pris le projet de l’aéroport de Glo-Djigbé à bras le corps. En bon financier, il avait tout mis en place pour recevoir l’adhésion des investisseurs étrangers. Mais, depuis son départ du gouvernement, plus personne n’entend parler de ce dossier. Les cadres du ministère des transports sont muets sur le sujet et le très dynamique Nicaise Fanon n’ose même pas aborder la question au cours de ces sorties médiatiques.
Les paradoxes du Changement
En fait, le régime du Changement affiche des paradoxes. Pendant qu’il montre sa détermination à faire de l’emploi des jeunes son cheval de bataille, il met tout en œuvre pour empêcher tout projet sérieux porteur d’emplois nouveaux. Selon les études effectuées par le Cabinet Belgian Airport Consultants, le projet de construction de l’aéroport international de Glo-Djigbé va générer au démarrage, 3840 emplois. Pendant sa mise en service, il y aura 4807 autres emplois directs sans oublier ceux indirects et les impacts économiques. Le coût de l’investissement est de 300 milliards Fcfa. La mobilisation de ces ressources n’est pas un problème. Le Bénin dispose d’une expertise en la matière et plusieurs propositions sont adressées au Chef de l’Etat. En 2007, la proposition retenue était de faire appel à des consortiums qui vont réaliser l’ouvrage sur fonds propres, le gérer pendant quelques années et ensuite le rétrocéder à l’Etat béninois. Les holdings américains, italiens, français et certains investisseurs du Golfe persique ont manifesté leurs intérêts pour le projet. Il suffit que le Chef de l’Etat donne son avis favorable pour relancer le projet. Malheureusement, ce dossier ne fait plus partie des priorités de la Haute Autorité qui visiblement est plus préoccupée par la construction de l’aéroport de Tourou que celui de Glo-Djigbé. La preuve est le fait qu’il a inscrit une ligne budgétaire de 17 milliards Fcfa dans la loi des finances 2009 pour les travaux préparatoires de cet aéroport de seconde zone et rien pour l’aéroport de Glo-Djigbé . Or, selon plusieurs experts le projet de construction d’un aéroport à Tourou est inopportun. La réaction des députés lors des débats budgétaires en décembre 2008 est indicative à ce sujet.
Le bon sens
Personne n’est contre le développement de Tourou. Bien au contraire ! Cependant, la méthodologie du gouvernement est à déplorer. La réalisation de l’infrastructure de Glo-Djigbé était connue de tous les citoyens. Sous le régime du Changement, la moindre action adéquate n’a été posée dans ce sens malgré la disponibilité des études de faisabilité. Sur quelle base se permet-t-on d’entreprendre d’autres actions du genre dans d’autres localités ? Et pour quels résultats, est-on tenté de se demander, surtout qu’en matière démographique, la différence entre les deux localités est importante. Ce qui est certain, le projet de construction de l’aéroport de Glo-Djigbé est l’initiative du gouvernement de l’ancien président Mathieu Kérékou. Mais, ne dit-on pas que l’administration est une continuité ? De jour en jour, les Béninois ont du mal à réaliser le fait que tous les acquis du président Mathieu Kérékou ne soient pas pris en compte par le président Boni Yayi. Qu’est-ce qui justifie ce comportement du pouvoir ? Le gouvernement du Changement qui regorge de grands planificateurs ne pouvait-il pas construire l’aéroport de Glo-Djigbé avant d’aborder celui de Tourou ?
De graves conséquences politiques
On ose croire que ce n’est pas pour des raisons politiques que le projet de Glo Djigbé a été abandonné au profit de Tourou. Le rêve des populations de Glo-Djigbé de voir leur localité abriter une si grande infrastructure est hypothéqué. Bon nombre de jeunes envisagent de manifester leur mécontentement si le gouvernement ne pare pas au plus pressé. Ils ont pris l’option d’organiser une marche de protestation sur la présidence de la République dans les semaines à venir. Au détour d’un entretien, les jeunes de la localité ont exprimé toute leur amertume. Le pouvoir en place aurait sacrifié selon eux, leur localité au détriment de Tourou. Les administrés du colonel à la retraite Patrice Houssou-Guèdè, maire de la commune d’Abomey-Calavi sont convaincus que le gouvernement du Dr Boni Yayi est contre le développement de leur localité. Pour preuve, ils ont souligné l’empressement avec lequel les premiers coups de pioche de l’aéroport de Tourou ont été donnés avec tout le battage médiatique qui s’en est suivi. Alors qu’aucune action similaire n’a été posée à Glo-Djigbé, nonobstant la disponibilité des études de faisabilité. En outre à peine a-t-on fini de parler de Tourou, qu’on apprend que le gouvernement du Dr Docteur Boni Yayi s’apprête à construire un aéroport à Sakété, un autre à Sèmè-Podji ou à Vakon. Ce qui confirme les intentions politiques qui se cachent derrière les belles initiatives du Chef de l’Etat car tout le monde sait qu’aucun de ces projets ne pourra se réaliser si tôt.
Judicaël ZOHOUN